Chaulveron 2016 ©

Editions BoD – Books on Demand GmbH

12/14 rond point des Champs Elysées, 75 008 Paris.

Imprimé par Books on Demand GmbH, Allemagne.

ISBN : 9782322149193

Dépôt légal : décembre 2016.

DU MEME AUTEUR.

CHAULVERON

Nostradamus et la fin des temps (janvier 2016).

Le prophète Daniel et la fin des temps (janvier 2017).

ANATOLE LE PELLETIER préface de CHAULVERON

Les oracles de Michel de Nostredame.

L’ABBE LEMANN et CHAULVERON

L’avenir de Jérusalem.

L’Antéchrist.

SUN TSE préface de CHAULVERON

L’art de la guerre et les 36 stratagèmes.

GUSTAVE LE BON

La psychologie des foules.

SITE NTERNET

http://astrologie-mondiale.com.

Préface.

Le Panoptique est une œuvre majeure de la pensée politique. Il est le fondement et le guide pratique de la dérive totalitaire des démocraties occidentales. On parle ici de surveillance des individus jusque dans leur vie la plus intime, de contrôle de la pensée pour un moindre coût financier. Inventé à la fin du XVIIIe siècle, il fut mis en pratique par les révolutionnaires français, puis appliquer tous au long du XIXe siècle dans le reste du monde.

La technologie du XXIe siècle, lui donne des moyens auquel n’aurait jamais pu rêver son inventeur. C’est la promesse d’un contrôle total et absolue sur la vie des petits citoyens au profit d’une élite restreinte. Le cauchemar d’Orwell et de Kafka réunit enfin à portée de main. La machine est en marche et ne semble plus vouloir s’arrêter.

Figure 1 : Jeremy Bentham, Henry William Pickersgill (1875).

Le Panoptique est né avec Jeremy Bentham (1748-1832). Philosophe et juriste anglais, il est le père de l’utilitarisme. L’utilitarisme est un système politico-juridique qui assurerait le bonheur du plus grand nombre. Seule la démocratie serait en mesure d’assurer un tel objectif.

L’idée est simple, le suffrage universel mis au profit d’une démocratie représentative, permettrait à chaque électeur de voter en fonction de son plaisir personnel. Au moment du choix, l’électeur réaliserait un arbitrage entre son plaisir et son déplaisir. Il fait la balance entre le positif et le négatif. Le vote serait le résultat de ce choix.

La multitude des arbitrages de tous les électeurs s’équilibrerait dans une sorte de pondération des extrêmes. La réunion des intérêts privés permettrait de faire émerger l’intérêt général. C’est en quelques sorte la main invisible d’Adam Smith, du libéralisme économique.

Notre système politique actuel fonctionne encore sur cette idée. Une fiction juridique inepte pour nous faire croire que le vote sert à quelques choses.

Que Jeremy Bentham invente cette justification du suffrage universel et de la démocratie peut paraître surprenante. Il y a une énorme contradiction entre la publicité faite pour une large démocratie et sa proposition du contrôle de la pensée des citoyens. D’un côté on veut laisser le choix aux électeurs et de l’autre on tente d’influencer son choix par des techniques de manipulation mentale. Elle est logique quand on y réfléchie. Que ce soit la main invisible ou sa déclinaison politique l’utilitarisme, on voit émerger un principe despotique, un modèle de société totalitaire.

La démocratie et le marché économique ne sont que des illusions visant à maintenir au pouvoir une petite élite peu nombreuse. Pour cela, il faut créer une illusion afin de justifier ce despotisme. Que chacun ait le choix de ses décisions, n’est qu’un leurre. Ce n’est que le choix pour l’esclave de se faire un maître.

En vérité le libéralisme politique n’est qu’une illusion. Avec le principe de l’élection, on met en place une multitude de mécanisme d’intimidation et de contrôle social. Il faut influencer les électeurs, les menacer, les manipuler pour qu’ils votent correctement. Le Panoptique est l’un de ses outils à la disposition du tyran.

L’histoire même du texte en dit long sur son contenu pratique.

Le livre de Bentham est rédigé, en 1786, mais ne fut publié qu’en 1791 a la faveur de la Révolution française. Le recueil fera l’objet d’un rapport du député Jean-Philippe Garran de Coulon1 pour l’Assemblée nationale. L’élu portera un intérêt majeur au monde carcéral tout au long de sa vie. C’est sans doute pour cela qu’il fit connaître le texte de Bentham en France, puis dans le reste du monde.

On le comprend dès les premières lignes de la présentation. Jérémie Bentham explique très clairement qu’il envisage d’utiliser son idée pour l’ensemble de la société. Le monde carcéral n’est qu’un point de départ expérimental. C’est une parabole inconsciente sur l’aspect totalitaire du projet. Avec Bentham, le monde entier doit être une prison.

C’est une pensée effroyable. Il faut la dénoncer de toutes nos forces. C’est pour cela que je propose de le republier. Il faut ouvrir les yeux du grand public.

Le texte fut redécouvert à partir des années soixante-dix par Michel Foucault. C’est la publication de « Surveiller et punir » en 1975. L’œuvre de l’auteur, très critiquable, en ce qui concerne ses autres livres, ne doit pas occulter la pertinence de sa remarque sur l’extension du panoptique à l’ensemble de la société.

Je n’en dirais pas plus sur l’œuvre du philosophe français. Cela dépasserait le cadre d’une introduction.

Bonne lecture.

Chaulveron
16 novembre 2017


1 Jean-Philippe Garran de Coulon (1748-1816) est élu député de Paris en 1791, puis député du Loiret en 1792, député de la Loire-Inférieure en 1795 et enfin sénateur à partir de 1799. Il est modéré, ne votera pas la mort du roi, s’opposera aux massacres dans les prisons et tentera de mettre en accusation Philippe Rühl pour avoir détruit la Saint-Ampoule.

LETTRE DE M. JÉRÉMIE BENTHAM à M.
J. PH. GARRAN, Député à l'Assemblée
Nationale.

Dover Street, à Londres, ce Novembre 1791.

Par la prochaine Diligence, je prendrai la liberté, Monsieur, de vous envoyer le livre anglais intitulé : le PANOPTIQUE, promis dans ma première lettre du... courant : ci-joint je vous envoie l'extrait qu'un ami a fait en français du même ouvrage. Je désirerais en faire hommage à l'Assemblée2, pour y être lu, au cas qu'il vous parût de nature à fixer ses regards ; enfin, c'est à vos lumières que je le confie ; et si vous avez quelques conseils à me donner là-dessus, j'en profiterai avec reconnaissance. Quant au projet dont il s'agit, la conviction la plus intime, soutenue par l'opinion unanime de ceux qui en ont eu connaissance, m'a décidé à ne rien négliger pour en effectuer l'introduction.

La France, de tous les pays est celui où une idée nouvelle se fait le plus aisément pardonner, pourvu qu'elle soit utile ; la France, vers laquelle tous les yeux se tournent, et de qui l'on attend des modèles pour toutes les parties de l'administration, est le pays qui semble promettre au projet que je vous envoie sa meilleure chance.

Voulez-vous savoir à quel point est montée ma persuasion de l'importance de ce plan de réformation, et sur les grands succès qu'on en peut attendre ? Laissez-moi construire une prison sur ce modèle, et je m'en fais geôlier : vous verrez, dans le mémoire même, que ce geôlier ne veut point de salaire, et ne coûtera rien à la nation.

Plus j'y songe, plus ce projet me paraît de ceux dont la première exécution devrait être dans les mains de l'inventeur. Si chez vous on pense de même à cet égard, peut-être qu'on ne répugnerait pas à se prêter à ma fantaisie. Quoi qu'il en soit, mon livre renferme les instructions les plus nécessaires pour celui qui en serait chargé ; et comme ce gouverneur de prince dont parle Fontenelle3, j'ai fait mon possible pour me rendre inutile.

Je suis, avec respect,

Monsieur,

Votre très-humble et très-obéissant serviteur,

JEREMIE BENTHAM.


2 Assemblée nationale législative élu les 29 août et 5 septembre 1791. Elle se réunira pour la première fois le 1er octobre 1791.

3 Bernard Le Bouyer de Fontenelle (1657-1757).

PREMIÈRE PARTIE

MESSIEURS,

Si l'on trouvait un moyen de se rendre maître de tout ce qui peut arriver à un certain nombre d'hommes, de disposer tout ce qui les environne, de manière à opérer sur eux l'impression que l'on veut produire, de s'assurer de leurs actions, de leurs liaisons, de toutes les circonstances de leur vie, en sorte que rien ne pût échapper ni contrarier l'effet désiré, on ne peut pas douter qu'un moyen de cette espèce ne fût un instrument très-énergique et très-utile que les gouvernements pourraient appliquer à différents objets de la plus haute importance4.

L'éducation, par exemple, n'est que le résultat de toutes les circonstances auxquelles un enfant est exposé. Veiller à l'éducation d'un homme, c'est veiller à toutes ses actions ; c'est le placer dans une position où on puisse influer sur lui comme on le veut, par le choix des objets dont on l'entoure et des idées qu'on lui fait naître.

Mais comment un homme seul peut-il suffire à veiller parfaitement sur un grand nombre d'individus ? Comment même un grand nombre d'individus pourrait-il veiller parfaitement sur un seul ? Si l'on admet, comme il le faut bien, une succession de personnes qui se relayent, il n’y a plus d'unité dans leurs instructions, ni de suite dans leurs méthodes.

On conviendra donc facilement qu'une idée aussi utile que neuve, serait celle qui donnerait à un seul homme un pouvoir de surveillance qui, jusqu'à présent, a surpassé les forces réunies d'un grand nombre5.